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Le journal Péncoo
 
Interview avec Mr Arona Diop

L’hôpital Abass Ndao est connu pour les difficultés de fonctionnement, la lutte soutenue des travailleurs et la mauvaise gestion dont elle est victime. Pour en savoir plus, Péncoo a rencontré Arona Diop surveillant de service au Bloc Opératoire, militant du SINTRAS (syndicat national des travailleurs de la santé), et coordonnateur de l'Intersyndicale de hôpital regroupant CNTS, FGTS, SUTSAS.

Péncoo : Quelle est la situation actuelle de Abass Ndao ? Quels sont vos problèmes ?
Arona Diop :
Abass Ndao est dans une situation difficile, c’est un hôpital qui dépendait de la communauté urbaine de Dakar, mais cette communauté a été dissoute avec l’Alternance. On s'est rendu compte que Abass Ndao est un hôpital qui a un plateau technique et des dimensions qui font qu'aucune mairie ne peut le gérer, d'’où la loi de 2003 votée pour que Abass Ndao devienne un hôpital public. Mais la loi n'a pas été appliquée, d'où tous les problèmes que rencontre le personnel de l'hôpital. Le directeur doit être nommé par décret présidentiel après choix et décision du Conseil d’Administration. Mais ce qui se passe c'est que c'est la Maire qui nomme le directeur et les ordres qui doivent être dictés par le Ministre des Finances à l’ACP sont dictés par le Maire, donc y a un problème de vice de forme.

L'hôpital a un budget, y a ce que l'Etat donne (650 millions), ce que la mairie attribue et les recettes que génère l'établissement. Le budget est réparti selon les besoins, telle somme pour le matériel, telle somme pour le personnel, etc. Le budget a été géré de manière anarchique par le directeur, on se retrouve maintenant avec une dette de 500 millions. Ceci est une catastrophe pour un hôpital public. Donc y a un problème institutionnel (les textes et les lois) et un problème organisationnel (gestion du budget).

L'Agent Comptable Particulier (ACP) a déclaré que si Abass Ndao était un établissement privé, il aurait mis la clef sous la porte depuis longtemps (dépôt de blian). C'est parce que l'hôpital est considéré comme public, qu'on se débrouille pour le faire tenir, l'ACP a déjà emprunté à la banque pour payer le personnel et pour assurer le fonctionnement du service. Nous ce qu'on réclame c'est de mettre les bonnes personnes aux bons postes conformément à la loi votée à cet effet. Les autorités doivent prendre leurs responsabilités.

Péncoo : Où en êtes-vous de votre lutte ?
Arona DIOP:
Le rôle d'un syndicat est l'étude et la revendication des problèmes des travailleurs, on a fait des sit in. Il y a des heures supplémentaires, des cotisations sociales qui n'ont pas été remboursées par l'hôpital. Donc si on en est à un point où l'hôpital ne peut plus s'acquitter de ses devoirs, nous appelons ça du vol purement et simplement.

Péncoo : on a entendu à la presse que votre directeur a détourné de l'argent…
Arona DIOP
: Quand on a cassé la maternité de Dantec, l'Etat avait proposé de subventionner à hauteur de millions les autres hôpitaux publics ayant des maternités pour prendre en charge les patients qui ne n'avaient pas les moyens de se retourner vers les cliniques. Ils ont donné 67 miilions à Abass Ndao, mais c’était après avoir fait des calculs précis et après avoir réparti l’argent selon les besoins : tant de millions pour construire un autre bloc opératoire, tant de millers pour l’achat de matériel et de blouses etc. Tout a été écrit et signé, et l’argent a été remis à l’ACP. Mais depuis lors, on n’a pas vu l’argent et on n’a pas vu du nouveau matériel acheté avec cet argent. Ce que l’ACP dit pour se justifier, c’est qu’il n’y a qu’une seule caisse où on puise pour régler tous les besoins. Je n’ai pas étudié la comptabilité mais je sais que si on a une caisse et qu’on doive prendre 20 millions pour acheter des médicaments et 100 millions pour payer les salaires, tu ne peux pas puiser plus de 20 millions pour les médicaments : c’est de la mauvaise gestion. Jusqu’à présent ils sont incapables de nous dire clairement où est passé l’argent, personne n’a pu nous rassurer. Voilà pourquoi nous avons conclu que l’argent a été détourné.

Péncoo : Quelles actions concrètes avez-vous menées pour lutter contre cet état de fait ?
Arona DIOP
: Y a une manière de faire pour un syndicat, nous avons fait un point de presse, puis écrit une lettre officielle aux autorités, nous avons aussi fait une rencontre tripartite à l’Assemblée Nationale, il y avait le maire de Dakar Pape Diop et son équipe, le Ministre de la santé Abdou Fall et nous mêmes. Une autre rencontre a eu lieu une semaine après à la Mairie de Dakar. Tout ce qui a été retenu n’a pas été appliqué. Donc nous nous sommes dit que peut être les autorités n’ont pas cette volonté de faire avancer les choses. Nous avons écrit par la suite et organisé une conférence de presse pour alerter tout le monde sur les problèmes de Abass Ndao et avertir du fait que l’hôpital risquait d’être le 1er hôpital public à fermer ce qui serait inadmissible. Par la suite, nous avons organisé des sit-in et des marches. Dans le secteur de la santé il y a plusieurs syndicats, il fallait qu’on se réunisse pour se pencher sur le problème d’Abass Ndao spécifiquement, ce qu’on a fait avant de déposer un préavis de grève au nom de l’intersyndicale. On a obtenu un protocole d’accord signé par cette intersyndicale et le gouvernement, c’est celui qui fait état par exemple de l’augmentation des indemnités de logement, de la prime de responsabilité médicale, etc.
Il y est dit que le Gouvernement va prendre toutes les mesures pour régler le problème de l’hôpital afin que Abass Ndao fonctionne bien. Rien n’a changé, jusqu’à présent le directeur est nommé par arrêté par le Maire et le fonctionnement pose problème.

Péncoo : Depuis la création de Abass Ndao, combien de directeurs se sont succédé ?
Arona DIOP
: Depuis que l’hôpital a été créé je ne sais pas, mais depuis que j’y travaille c'est-à-dire depuis 1995, y a eu 11 directeurs. Le directeur actuel s’appelle Dr Amadou Lamine Diao.

Péncoo : Qu’est ce qui pourrait, selon vous, mettre fin aux problèmes que vous vivez à Abass Ndao ?
Arona DIOP
: Pour que l’hôpital fonctionne bien, on n’a qu’à respecter les textes, le jour où la loi sera appliquée le fonctionnement de l’hôpital se fera normalement. Personne ne nous a demandé notre avis avant de voter cette loi, cette loi a été votée à l’Assemblée et dit comment l’hôpital doit fonctionner. La loi est claire, elle dit que l’hôpital Abass Ndao est un établissement hospitalier de niveau 3 (peut faire n’importe quelle intervention car il a le plateau technique qu’il faut) donc il doit fonctionner comme tel.

Il y a trois sortes de travailleurs ici : des fonctionnaires, du personnel recruté par la ville de Dakar et mis à la disposition de l’hôpital et enfin ceux qui sont recrutés par l’hôpital lui-même. Il y a ce qu’on appelle le projet d’établissement, c’est lui qui détermine les besoins, c’est décidé par le conseil et le directeur ensuite applique ses décisions.
Actuellement il y a 40 agents qui dépendent de la mairie, 11 agents sont des fonctionnaires pris en charge par l’Etat et 300 agents enfin sont payés par l’hôpital lui-même.
Les faisant fonction (FFI) ont des contrats de 6 mois renouvelables, ce sont des étudiants an médecine qui n’ont pas encore fini leurs études.
Les stagiaires sont affectés ici car ce sont leurs études qui le demandent, ils ne sont pas rémunérés et ne sont pas programmés pour les gardes non plus.

Propos recueillis par Mamadou Diallo et Marième Sambe

 
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