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Faut-il désespérer de Decroix et Landing ?
 
Notre réponse à la réaction de Decroix (Le Quotidien du 3-4 juillet 03) à notre Lettre ouverte à Landing Savané survient dans un contexte où notre pays vient de connaître, avec la visite de Georges Bush, une humiliation sans pareille, depuis l'indépendance. Image forte exprimant en direct le type de rapport qui prévaut entre notre pays et les puissances impérialistes, entre nos dirigeants et ceux du monde riche.
Le temps d'une visite et nos lois et symboles de souveraineté sont suspendus, piétinés par un visiteur qui, comme en territoire conquis, paraissait curieusement plus à l'aise que ses hôtes hésitants et intimidés. Nos ministres sont ravalés au rang de vulgaires terroristes potentiels, mis au pas, mis en rang et fouillés comme des chenapans, pendant que nos compatriotes, sur le parcours Yoff-Patte d’Oie sont interdits de déplacement, à Gorée, ils sont réveillés à l'aube, fouillés par des chiens renifleurs, délogés et parqués dans un enclos de fortune.
Cette visite à elle seule, donne, plus que mille mots, toute l'ampleur de notre état de pays dominé dont les populations sont méprisées, ravalées au rang de parias. Si cette visite ne peut secouer Decroix et Landing, autant, sinon plus que le PM qui a eu, semble-t-il, sous le coup de l'émotion, le cœur de déclarer qu'il faut "se passer de l'aide", il faudra alors désespérer à jamais d'eux. Mais revenons à Decroix puisqu’il a accepté de se faire le porte-plume de Landing qui a choisi de nous snober (toujours cette tare d’un autre âge qui discrimine les Sénégalais en “ petits ” et “ grands ” ! ). Les arguments qu’il déroule nous suggèrent les considérations en huit points qui suivent.

1-De notre soutien à la candidature de Landing
Decroix évoque ce soutien à l’effet d'insinuer une inconséquence de notre part. Il enfourche ainsi le même cheval que son camarade Ndongo Faye des USA qui a produit une diatribe complètement hors-sujet sur le registre de la critique de l'option de polygamie de Mademba Sock que nous avions investi lors des présidentielles de 2000. Diatribe à laquelle a répondu notre camarade Fallou Gueye. Decroix nous sert une terrible confusion. Il feint d'oublier que notre soutien à la candidature de Landing s'était noué autour d'une plate-forme électorale du Rassemblement Bokk Yaakar (RBY), avec des partis comme le MSU (Mamadou Dia), l'UDF (Ongué Ndiaye) et des personnalités indépendantes (Fallou Niang, Bouba Diop, etc.).Les éléments de cette plate-forme dégageaient les orientations politiques suivantes : "dégager dans les luttes sociales et dans les élections, avant, pendant et après les scrutins de 1993, un courant populaire majoritaire ; mettre en place un gouvernement intérimaire chargé de convoquer une conférence nationale qui, par le moyen de la souveraineté rendue au peuple, va apporter des solutions aux grandes questions politiques, économiques et sociales et d'appliquer les mesures urgentes et transitoires."
Certaines de ces mesures posaient l'exigence de :
- " retirer le projet 'KIRCH' de révision du code du travail,
- subventionner effectivement l'agriculture, - arrêter les privatisations et les licenciements, - baisser les prix des denrées de première nécessité,
- appliquer les conclusions des EGEF et de la CNREF, - abroger les accords de sujétions économique et militaire…" .
Comme on peut le voir, chacune de ces mesures était en rupture avec les politiques mises en œuvre dans le cadre des Programmes d'ajustement structurel et répondait aux préoccupations immédiates des masses populaires (ouvriers, paysans, scolaires, etc.). De ce point de vue, la PF portée à l'époque par Landing était progressiste et radicalement du côté du peuple. Par ailleurs, sa candidature constituait une rupture de la bipolaristion politique DIOUF (social-démocrate) / WADE (libéral). Nous l'avons appuyé après avoir tenté, en vain, de promouvoir l'unité de toutes les forces de gauche dans l'opposition (LD/Mpt, entre autres, en plus des forces du RBY autour d'une PF populaire). Nous l'avons appuyé en toute sincérité, mais sans avoir renié nos convictions, ni effacé nos divergences, avec la confiance que nos partenaires seraient respectueux de l'orientation indiquant la tâche centrale de la période "dégager dans les luttes sociales et dans les élections, avant, pendant et après les scrutins de 1993, un courant populaire majoritaire".
Malheureusement, Decroix et Landing n'ont pas persévéré dans cette voie. En effet, tout de suite après les scrutins, ils se sont orientés vers l'entente avec les libéraux du PDS pour élaborer un projet de "Concertation Nationale" avec le PS. Le RBY a été ainsi sabordé sur l'autel de la naissance de "Bokk Soppi Senegaal", malgré notre opposition et nos tentatives fraternelles de persuasion.
Il serait intéressant de revisiter cette partie de notre histoire commune pour édifier l'opinion sur les pratiques qui ont eu cours à l'époque pour nous mettre devant le fait accompli, et rappelant étrangement celles qui avaient abouti à la mise sur pied de AJ/PADS, via le Pôle de Gauche. N'est-ce pas Decroix ?

2- Toujours les mêmes hésitations et tergiversations
Quand Decroix reprend Landing et lui porte la plume, c'est pour danser sur le même rythme binaire du "Oui" / "Mais". En effet, Decroix estime qu'il y a la Dette / et la dette en soi , "la privatisation renforce la recolonisation" oui / mais "pas toute privatisation". C'est justement ce que nous reprochons à Landing. Le débat n'est pas dans "la dette en soi" ou "la privatisation en soi". Il s'agit, et Decroix le sait parfaitement, de la dette contractée dans le cadre des programmes d'ajustement structurel du FMI et de la BM accompagnées de conditionnalités qui vous font obligation de libéraliser votre économie (privatiser les secteurs stratégiques, ouvrir les frontières aux produits des pays du Nord, libéraliser les prix, se désengager des secteurs sociaux, limiter la masse salariale, etc.).
Rappelons à Decroix qui semble l'ignorer que cette DETTE là n'est qu'un élément de tout un mécanisme de domination et de pillage de notre pays, de destruction de son économie et d'accaparement de parts de marché. C'est pourquoi nous parlons de recolonisation. Nous avons sous les yeux les réalisations concrètes de cette politique de la dette :
- La Sonagraines a été dissoute, contrairement à la volonté du gouvernement, selon Wade lui-même qui en fait l'aveu ;
- Le Téléphone (Sonatel), l'Eau (Sonees), ont été vendus par Diouf et Decroix a fait partie de ceux qui ont dénoncé le fait ;
- Le Chemin de fer (Sncs) vient d'être bradé avec en prime le Petit Train Bleu par le gouvernement dans lequel siègent Decroix et Landing ;
- L'électricité (Senelec), l'huile (Sonacos), le coton (Sodefitex) vont être vendus par le gouvernement de Wade dans lequel siègent Decroix et Landing ;
- La terre (avec la loi d'orientation agricole en vue) va être vendue par le gouvernement de Wade dans lequel siègent Decroix et Landing ;
Qu'est-ce qui va nous rester, pour construire notre pays, Decroix, si votre gouvernement dépouille ainsi l’Etat de tout son patrimoine ? C'est pourquoi nous dénonçons cette politique de la dette et appelons à la lutte contre elle. Que dans ce cadre, Decroix nous ramène la phrase de Landing "Je n'ai pas été d'accord avec la politique d'ajustement structurel et avec beaucoup de politiques de ces institutions dans les années 80" ne fait pas très sérieux! Tout au plus, situe-t-il la période de ces désaccords. En conséquence, il réaffirme l'idée que “ Landing est d'accord avec les Politiques d'ajustement Structurel et avec beaucoup de politiques de ces institutions, aujourd’hui ”. C'est tellement clair et il aurait été plus simple de le dire comme tel. "J'étais en désaccord avec les PAS dans les années 80, maintenant, je suis d'accord avec les PAS et j'assume toutes les conséquences que produisent ces politiques." Ce qui est inadmissible et révoltant, Decroix, c'est cette position à mi-chemin qui sème la confusion et entretient des illusions par rapport à ces politiques. Cela désarme théoriquement les militants, distraie de la conscience claire de ce que signifient ces politiques et affaiblit la lutte contre elles. On fait semblant d'être en désaccord sur le fond pour ensuite évoquer des options tactiques, du réalisme, d'avoir une "lecture lucide de la réalité" pour les faire accepter. Dans ce procédé, Decroix va plus loin que Landing en parlant d'une "archéologie" des privatisations. Il tente ainsi de nous convaincre que la privatisation des banques nationales, de l'Oncad et autres découle d'une mauvaise gestion et d'un pillage de ces sociétés. Il est inexact et dangereux de justifier de la sorte ces privatisations. Il faut se rappeler que ces structures font partie de la première génération des privatisations inscrites dans le cadre du Plan de Redressement Economique et Financier (PREF) des années 1980-1985, après le Plan de stabilisation à court terme de 1979-1980. Que ces programmes se situent dans le contexte de déploiement d'une politique de prédation du régime PS de Diouf ne change rien à la question, d'autant que c'est ce même Etat prédateur qui a mis en application ces politiques d'ajustement. Justifier à posteriori ces mesures de privatisation, n'honore pas Decroix qui a participé à toutes les campagnes de dénonciation de ces politiques antinationales et antipopulaires. Mais … c'était dans les années 80, quand Landing n'était pas d'accord avec les PAS. Seulement Decroix doit savoir que l'accord d'aujourd'hui ne saurait avoir un effet rétroactif. Voilà pourquoi nous nous insurgeons contre ces reniements et cette sorte d'amnésie sélective qui piétine un pan de l'histoire de la lutte contre la domination impérialiste et viole la mémoire des militants martyrs. "Lii dara jaru ko !" L'autre procédé employé par Decroix consiste à considérer la privatisation comme "des problèmes concrets qu'il faut étudier". Cette approche est parcellaire. Elle ne permet pas d'avoir une compréhension politique globale de la question. En effet ce qu'il faut saisir dans chaque privatisation, c'est son lien avec les programmes en vigueur dans le pays le cadre politique et économique global de ces mesures. 3- Decroix s'offusque des dénonciations des PAS Decroix reconnaît les effets dévastateurs des PAS, mais s'indigne qu'on les dénonce. C'est quand même curieux ! Il estime que même les experts de ces institutions reconnaissent l'échec de ces politiques, parlent de la "dimension sociale de l'ajustement" et de la "lutte contre la pauvreté". Faisons trois remarques sur cette question : 1-Comment, Decroix, peut-il s'indigner ainsi de la dénonciation de ces politiques, dès lors qu'il admet lui-même leur caractère désastreux ? A moins qu'il ne veuille nous dénier ce droit, parce que lui et Landing acceptent aujourd'hui ce qu'ils dénonçaient hier. Cela est inadmissible ! 2- Il faut aussi dire à Decroix qui semble vraiment atteint d'une "amnésie libérale", que "dénoncer" ces politiques n'est pas un acte théorique, isolé et vain. Il est un aspect d'un programme d'ensemble de lutte contre ces politiques de recolonisation. Dans ce cadre, les dénonciations ont valeur de rejet, de positionnement aux côtés des masses écrasées par elles, acte également de combat pour éveiller les consciences, pour servir de repères pour les masses abandonnées à leurs bourreaux. Mais tout ça, Decroix le sait parfaitement pour l'avoir pratiqué des décennies durant, particulièrement dans les années 80 ! Réduire donc le combat mené par les forces politiques populaires à de la simple dénonciation, à des incantations, c'est faire preuve d'une cécité politique inouïe ou alors tenter de tromper son monde quant à la signification de ce combat. 3- Concernant l'attitude des bailleurs et de leurs experts, Decroix ne semble pas comprendre qu'il s'agit pour eux, en brandissant ces concepts de "dimension sociale de l'ajustement" et de "lutte contre la pauvreté", d'opérations de mystification d'une opinion nationale et mondiale de plus en plus hostile à ces politiques, afin de les faire accepter. Et voilà que Decroix donne dans le piège et fait le jeu de ces institutions. Une telle naïveté politique de sa part est surprenante! Tout le monde sait, et l'histoire le confirme, que les impérialistes ont besoin d'agiter les justificatifs d'ordre moral, au nom de la liberté, de la démocratie, de l'espoir, de la lutte contre la faim, et même de Dieu, pour faire admettre leurs politiques criminelles. L'opération de l'administration américaine pour attaquer l'IRAK est assez édifiante sous ce registre. Le slogan du FMI et de la BM de “ lutte contre la pauvreté ” est un énorme mensonge qu'il faut dénoncer comme tel pour permettre aux masses populaires de comprendre le véritable enjeu qui se cache derrière cette manipulation. Car quiconque veut vraiment lutter contre la pauvreté doit d'abord en cerner les causes. Et celles-ci prennent racines dans les politiques de rapines qui durent depuis des siècles et que perpétuent le FMI et la BM. 4- Quand Decroix se pose en homme du pouvoir Voilà que notre critique nous jette à la barbe que nous pouvons "nous permettre de n'avoir aucune solution à proposer aux Sénégalais et nous contenter seulement de gérer des certitudes et autres états d'âme", mais lui, qui dirige avec les libéraux le pays, a des obligations de résultats". Decroix reprend à son compte exactement les mêmes propos que le régime de DIOUF lui jetait à la figure dans les années 80. C’est vraiment triste ! Mais encore, il est absolument inexact que la situation de l'opposition est plus aisée que celle des forces au pouvoir. Je suis désolé Decroix, mais la position du pouvoir ne nous impressionne pas du tout, alors, vraiment pas du tout ! Et disons-le tout franc, vous n’êtes au cœur d'aucune mêlée. Vous appliquez plutôt les politiques édictées par les institutions du FMI et de la BM contre les populations. Ce sont elles, les masses populaires qui sont au cœur de la mêlée, obligées qu'elles sont de se battre au quotidien contre vos politiques pour survivre. Ce sont elles qui créent les richesses, mais qui, à cause des politiques de privatisation sont licenciées par centaines (612 cheminots viennent de tomber du fait de la privatisation de la SNCS), par milliers (Faites le calcul de toutes les sociétés fermées depuis l'ONCAD) ! Ce sont des paysans abandonnés à leur sort et qui vivent la famine, après avoir été jetés en pâture aux opérateurs privés agréés par votre gouvernement, suite à la suppression de la SONAGRAINE. C'est vous qui acceptez de ne pas subventionner l'agriculture, parce que les bailleurs vous l'imposent pendant qu'ils le permettent aux pays riches. Ce sont les travailleurs qui restent des mois, voire des années sans recevoir leurs salaires ou leurs droits, des travailleurs obligés de mettre leur vie en danger, avec les grèves de la faim répétées. Ceux qui sont dans la mêlée, ce sont les masses confrontées à la maladie parce que les structures de santé ont fermé (3.000, selon le Ministre de la santé) faute de personnel, parce que la masse salariale de la Fonction publique est encadrée de manière autoritaire par les bailleurs qui interdisent les recrutements. Ce sont les masses qui vivent au quotidien les affres d'un système de transport d'un autre âge, prises en otage par des transporteurs véreux, côtoyant chaque jour la mort (le "Joola" vient de ravir près de 2000 compatriotes à notre affection). Decroix, sache que le système libéral que tu défends construit l'insécurité, la misère, le chômage, le désastre social énorme, au quotidien pour les masses ! Pendant ce temps, vous qui nous dirigez et qui semblez avoir plus de responsabilité que nous, vous construisez votre sécurité, votre aisance, votre décence, jusqu'à vos privilèges, à partir des richesses créées par ces masses que vous vouez à l’abandons. C'est une telle situation qui appelle de la part des forces qui se réclament en théorie et en pratique des masses plus de responsabilité pour soutenir celles-ci dans leurs luttes quotidiennes, les aider à mieux s'organiser, et comprendre politiquement le sens des mesures abattues sur elles, par votre gouvernement. Et cela est d'autant plus difficile que votre gouvernement accapare les médias d'Etat et développe, avec votre aide une batterie de justificatifs pour mystifier l'opinion et faire accepter les politiques du FMI et de la BM. 5- De l'exemple de l'Ethiopie Il est tout de même regrettable que Decroix ne s'applique pas le principe marxiste de "l'analyse concrète d'une situation concrète", sinon il se serait posé deux questions : 1- En quoi la situation du Sénégal est-elle semblable à celle de l'Ethiopie qui faisait "un revenu de 110 dollars par an et avait subi des sécheresses et des famines répétées qui avaient tué 2 millions de personnes" ? 2- Pourquoi Decroix ne parle-t-il pas des mesures prises par Meles et qui ont été combattues par le FMI qui a voulu le soumettre totalement ? Cela aurait permis de comprendre quelle est l'option poursuivie par les institutions de B.Woods qui ont complètement dégoûté leur ex-expert J. Stiglitz. Citons quelques exemples que nous donne Joseph Stiglitz : 1° problème entre l'Ethiopie et le FMI : "En Ethiopie, les donateurs, qui travaillaient indépendamment et n'avaient aucune obligation envers le FMI, voulaient que de nouvelles écoles et de nouveaux hôpitaux soient construits, et c'était aussi l'intention du gouvernement Éthiopien." Le FMI s'y était opposé. Selon Stiglitz, "la logique du FMI pose un problème évident : elle implique que, s'il obtient de l'aide pour une réalisation quelconque, un pays pauvre ne pourra jamais dépenser cet argent. ” 2° problème : "l'Ethiopie, en puisant dans ses réserves, avait remboursé par anticipation un emprunt à une banque américaine. Mais les Etats-Unis et le FMI avaient protesté contre ce remboursement anticipé. Ce n'était pas la logique de la décision qu'ils critiquaient, mais le fait que l'Ethiopie l'avait prise sans l'aval du FMI. Or pourquoi un Etat souverain demanderait-il la permission du FMI à chaque décision qu'il prend." "Les résultats des politiques suivies par l'Ethiopie, et en grande partie conçues par elle-même, auraient dû convaincre qu'elle était capable de prendre en main son destin. Mais le FMI estimait que les pays à qui il versait de l'argent avaient obligation de lui soumettre tout ce qui pouvait avoir un rapport avec le prêt ; s'ils ne le faisaient pas, c'était une raison suffisante pour le suspendre, que l'initiative fût raisonnable ou non." 3° problème : "Le FMI voulait non seulement que l'Ethiopie ouvre ses marchés financiers à la concurrence occidentale, mais aussi qu'elle scinde ses principales banques en plusieurs morceaux… Le FMI voulait plus qu'une simple ouverture du système bancaire à la concurrence étrangère. .. Il voulait aussi que celle-ci "libéralise" son marché financier, c'est-à-dire laisse les forces du marché déterminer librement les taux d'intérêt - ce que les Etats-Unis et l'Europe occidentale n'ont pas fait avant les années 1970, Époque où leurs marchés, et l'appareil de régulation nécessaire, étaient infiniment plus développés(…)Voyant l'Ethiopie réticente à céder à ses exigences, le FMI laissa entendre que son gouvernement ne s'engageait pas sérieusement dans la voie de la réforme, et il suspendit ses opérations. " Il a fallu des interventions multiples dont celle de J.Stiglitz pour faire fléchir le FMI : Quelle conclusion en tirer ? Ecoutons plutôt J. Stiglitz: "Ecouter les réflexions des "pays clients" sur des sujets comme la stratégie du développement ou l'austérité budgétaire n'intéresse pas beaucoup le FMI. Trop souvent, il s'adresse à eux sur le ton du maître colonial. Une image peut valoir mille mots, et une photo saisie au vol en 1998 et montrée dans le monde entier s'est gravée dans l'esprit de millions de personnes, en particulier dans les ex-colonies. Le directeur général du FMI, M. Michel Camdessus, un ex-bureaucrate du Trésor français, de petite taille et bien vêtu, qui se disait autrefois socialiste(…), se tient debout, regard sévère et bras croisés, au-dessus du président indonésien assis et humilié. Celui-ci, impuissant, se voit contraint d'abandonner la souveraineté économique de son pays au FMI en échange de l'aide dont l'Indonésie a besoin. Paradoxalement, une bonne partie de cet argent n'a pas servi, en fin de compte, à aider l'Indonésie mais à tirer d'affaire ses créanciers - qui appartenaient au secteur privé des "puissances coloniales" (...). Cette expérience ne mérite aucun commentaire d'autant que celui qui la relate était un fonctionnaire de la BM dont les illusions sur ces institutions se sont brisées en mille morceaux sur la dure réalité du système qu'il qualifie lui-même d'absurde. "Je pensais bien que, dans les institutions financières internationales ou dans les gouvernements qui les soutenaient, tous les responsables n'avaient pas pour priorité absolue d'éliminer la pauvreté, mais je croyais qu'il y aurait un débat ouvert sur des stratégies dont l'échec était manifeste à tant d'égards, et d'abord pour les pauvres. Sur ce point, j'allais être déçu." Tout cela confirme notre thèse centrale que Decroix qualifie de "certitudes et schémas" : les politiques du FMI et de la BM ont pour fonction, par le mécanisme de la dette, de recoloniser notre économie, de maintenir notre pays dans un état de dépendance tel qu’il restera un marché pour les produits des multinationales, et nous mêmes d'éternels pauvres endettés tendant toujours la main pour survivre. Comment Decroix qui a, contrairement à Stiglitz, vécu de l'autre côté de la barrière l'expérience de l'oppression et de la domination impérialistes et qui a lutté pendant près de 30 ans contre ce système inhumain, peut-il, lui, avoir une telle déférence vis-à-vis de ces institutions au point de leur accorder quelque confiance que ce soit ? Si l'exemple de l'Ethiopie ne suffisait pas à Decroix, nous lui demanderons de méditer celui du Chili, avec l'avènement de Allende (1970) et du Front Populaire. La BM, sous la dictée des USA, lui a fermé les robinets, avant d'aider les putschistes à terminer le travail de subversion par la liquidation physique des révolutionnaires chiliens. Et Pinochet a reçu tous les dollars qu’il voulait. La Roumanie a connu le même ostracisme de la part de la BM pour avoir eu l'outrecuidance de rembourser toutes ses dettes. Parce que rembourser c'est sortir du cycle qui permet aux multinationales d'intégrer durablement ce pays dans leur marché libéral global. La Jamaïque, dans les années 70 a vécu les foudres du FMI et de la BM. Michael Manley, Premier Ministre de l’époque, social-démocrate, mais nationaliste s'est vu refuser toute “ aide ” de la part des institutions de B.Woods, pour avoir entretenu des relations avec Cuba. Par la suite, ces institutions et les Etats-Unis ont organisé une subversion meurtrière pour pousser Manley hors du pouvoir et mettre en selle Edgard Siaga, ancien fonctionnaire du FMI. La Jamaïque a été alors inondée de dollars pour libéraliser totalement l'économie et sombrer dans la banqueroute. 6- Les solutions de Decroix pour sortir de la situation Decroix parle de "bataille pour de nouveaux rapports plus équitables sur la scène internationale". Est-ce là un néologisme pour parler de l'indépendance économique que notre pays doit conquérir ou est-ce un concept produit par les nouvelles positions de Decroix-Landing par rapport à l'impérialisme, rappelant celui de Senghor et de Diouf ? Qu'importe ! Decroix évoque 3 facteurs pour y arriver :" la lutte des peuple africains" (vous voyez là où il situe la lutte !). il ajoute " désormais endossée, jusqu'à un certain point, par des dirigeants africains". Deuxième facteur : "l'émergence du mouvement alter mondialiste". Troisième facteur : "l'émergence parmi les élites politiques du Nord, d'une nouvelle vision". Je suis au regret de dire à Decroix que cette manière de vouloir régler les problèmes par procuration ne saurait prospérer. Où est la tâche des forces politiques de gauche (attachées à la libération nationale et sociale de leurs peuples), dans cette énumération de facteurs ? Qu'est-ce que ces forces doivent faire aujourd'hui que ces politiques sont appliquées tous azimuts et écrasent les peuples d'Afrique ? C'est le silence ! Or, toute la question est là ! Devons-nous laisser nos gouvernements continuer à appliquer ces politiques et nous satisfaire de leurs discours larmoyants sur l'inégalité des termes de l'échange (Senghor) et accepter de leur faire confiance quand ils nous promettent la main sur le cœur qu'ils "sont dans la mêlée du marché" ? Nous pensons que non ! Car au même moment, les masses populaires meurent à petit feu du fait de ces politiques. Donc le rôle des forces politiques expressives des préoccupations et aspirations des masses est d'être à leurs côtés pour se battre et "faire émerger dans les luttes sociales un courant populaire majoritaire" capable de prendre le pouvoir pour impulser une politique alternative de rupture avec celle appliquée, hier sous Diouf et aujourd'hui sous Wade. Le reste n'est qu'illusion ! Des dirigeants africains qui endosseraient ce combat-là ? Je ne vois pas trop ! Decroix penserait-il à Wade, sans le dire ? Illusion aussi que d'attendre quelque chose du changement de mentalité des gestionnaires politiques de la bourgeoisie impérialiste du Nord. Terminons sur les alter mondialistes pour dire que ce mouvement progressiste populaire a besoin, pour être fort et décisif, d'être porté par des forces politiques déterminées et conséquentes, capables de poser le problème du pouvoir politique à substituer au pouvoir du capital, capable de changer radicalement l'ordre des choses. Sinon il risque d'en rester un mouvement purement réformiste, œuvrant à rendre plus humains les rapports essentiels de domination et d'écrasement des peuples du monde, pour la perpétuation de l'ordre de la barbarie modernisée. Et c'est encore là que se situe le rôle des forces politiques de la gauche révolutionnaire. 7- Des résultats électoraux du Rta-S Pour conclure son papier, Decroix nous convie à plus d'humilité, tout en s'accordant le droit de nous faire la leçon concernant nos derniers résultats électoraux. Selon lui, le fait de "consacrer trois décennies de sa vie à la lutte pour la libération nationale et l'émancipation sociale aux côtés des masses ouvrières et populaires, et se retrouver si marginal au sein des masses… devrait faire réfléchir". Mon Dieu ! Dans quoi fait Decroix, là ? Pourquoi, si c'est notre position qui est erronée, Decroix juge-t-il nécessaire de faire réfléchir son parti sur cette question précise ? Le moins qu'on puisse dire c'est que Decroix manque de conséquence dans sa logique. Car, de deux choses l'une. Soit les masses populaires que nous prétendons servir, ont une conscience politique claire de leur situation objective et des rapports d'exploitation et d'oppression qui les écrasent et choisissent consciemment et librement leurs dirigeants politiques, soit il y a encore dans notre pays un paradoxe et décalage énorme entre ce vécu et la conscience claire, la compréhension politique qui en découle. Si Decroix penche sincèrement pour le premier cas, il est franchement inutile que son parti, And/Jëf, revisite la question des rapports avec les masses. Il doit au contraire lui faire admettre que les masses ont choisi consciemment les libéraux pour les diriger, comme elles avaient choisi les sociaux-démocrates mâtinés à la sauce libérale. Accepter une telle posture, c'est même se faire hara kiri en tant que parti qui existe depuis trois décennies et qui n'est pas encore arrivé à prendre le pouvoir, ni même à avoir un groupe parlementaire, pendant que le PDS créé plus tard a le pouvoir et que d'autres partis sortis du flanc du PS qui a régné pendant quarante ans et dont les actes ne sont pas oubliés dans ce pays, se paient le luxe de dépasser AJ, en nombre de voix. Voyons, Decroix cette positon est intenable ! Pire, elle est dangereuse, car elle jette par dessus bord tous les sacrifices consentis (jusqu'au don de la vie) par des militants révolutionnaires et fait la promotion du résultat électoral immédiat. Cela mène à toutes les dérives dont l'électoralisme est un aspect probant qui liquide la nature même des partis d'avant-garde pour une mutation en parti clientéliste électoral qui serait une justification de son maintien dans le gouvernement libéral de Wade "pour faire comme les autres". Nous pensons sincèrement que Decroix se fourvoie complètement. Pour notre part, nous optons pour la seconde position. Mais nous ajoutons ceci : C'est ancrer dans cette voie, que l'on peut raisonnablement et de manière féconde élaborer sur la question, toujours dynamique, jamais résolue définitivement, des liens avec les masses et de la communication, surtout dans un contexte où, au plan national comme international, les positions de la gauche révolutionnaire, du socialisme scientifique ont été défaites et discréditées par l'énorme arsenal de l'appareil idéologique des puissances impérialistes ; à un moment où ces forces ont été gagnées par le désarroi et le désarmement politique, idéologique et même moral ; à un moment où les forces défaites sont dans une dispersion paralysante, un désengagement militant inédit, un moment où les masses elles-mêmes sont plongées dans une énorme confusion et un désintérêt profond de la chose politique. Que peut valoir, dès lors, les diatribes de Decroix, concernant nos désaccords tactiques ? Dans nos polémiques de l'époque, nous avions toujours dit et répété que la question de “ la participation ou non ” à des élections n'était pas une question de principe mais de tactique, que tout dépendait de la situation du moment et des avantages ou inconvénients pour l'avancée du mouvement ouvrier et populaire que nous soutenons. La question est moins de mettre en enfilade des positions sur ces questions et sauter de joie pour avoir cloué le bec à Samb, que de saisir, dans l'examen de chaque situation concrète (analyse concrète d'une situation concrète), les dynamiques et dégager les options les meilleures du moment. Idem pour la question de l'utilisation de la légalité bourgeoise. Dire les choses comme vous le faites, sans en indiquer les ressorts, c'est jeter de la phrase à la tête du lecteur, sans l'édifier, pour se confectionner une réponse à entartrer Samb et lui dire "ñaw, loo wax ci boobu ?" C'est du véritable "téesante", rien de plus! C'est pourquoi il est franchement oiseux d'épiloguer plus avant sur de telles questions. Mais, sans le moins du monde noyer le débat, rappelons à Decroix que tout de suite après les élections de 1988 et les émeutes qui ont suivi, nous avons ensemble, (AJ/Mrdn et Ferñent) contre l'option des forces de la gauche traditionnelle, conçu, sur la base d’une plate-forme politique unitaire, un regroupement dénommé POLE DE GAUCHE, avec l'UDP, l'OST, Suxuba, afin de nous opposer à la tactique de la Table-ronde que Diouf avait offerte à l'opposition pour dévoyer l'élan de lutte populaire dans des concertations (sur "Tout") avec le pouvoir. Notre option de boycott trouvait là son prolongement dynamique. Rappelons à Decroix les propos fort justes qu'il tenait, en 1992, contre la déviation électoraliste : "Préparer le peuple à chasser le régime en 1993 ne doit pas se faire selon une ligne électoraliste, c'est à dire se désintéresser des conditions de vie du peuple… Il faut se battre aux côtés du peuple …Oublier le front social et ne parler que du front politique est une déviation grave…" (Xal Wi n°4 Mai 1992). Question à Decroix : à quelle déviation assistons-nous chez AJ, aujourd'hui qu'il applique contre le peuple les politiques libérales du FMI et de la BM sous la conduite du PDS ? Rappelons également qu'en novembre 1990, en dépit des ricanements servis contre le boycott des élections, l'opposition réunie au sein de la CONACPO avait décidé de boycotter les élections municipales et rurales, en partant de la situation concrète de l'époque (code électoral manipulé, guerre en Casamance et conflit sanglant avec la Mauritanie). C'est vrai que AJ avait beaucoup tergiversé, avant de rejoindre cette option que nous, qui étions en dehors de la Conacpo, avions déjà avancée. Nous avions salué à l'époque une telle position. Decroix devrait méditer le fait que depuis 1983, les élections ont été pour l’essentiel boycotté par les populations. En février 83 le taux de boycott était de 60 %, 70% en 84, 65 % en 88, 70% en 1993, etc… Quand Decroix parle du combat pour la reconnaissance du Rta-S porté à bout de bras par le Collectif des 19 jusqu'à sa satisfaction totale, il commet là un gros un mensonge. A la fois par omission et par trituration des faits. D'abord, il omet de dire que le combat a été mené pendant près d'une année, par le Rta-S seul, malgré la saisine des autres partis dont AJ; que cela a fait l'objet de plusieurs campagnes multiformes, avec des tentatives d'intimidation par le Ministre de l'intérieur de l'époque, Abdourahmane Sow. Ensuite qu'il a fallu se battre dans la cadre des 19 pour faire inscrire, enfin la question, comme un droit démocratique à porter par le "collectif des 19" engagé dans la bataille pour la démocratisation du processus électoral, d'abord par une résolution et ensuite par son inscription dans la déclaration lue à la séance d'ouverture des concertations à l’Assemblée Nationale. Si c'est cela que Decroix appelle "porter à bout de bras jusqu'à satisfaction totale", alors chapeau ! Mais enfin où est le problème ? N’est-ce pas du devoir du “ Collectif des 19 ” dont nous étions membre de nous soutenir dans ce combat démocratique ? ! 8- L'énorme gâchis En parlant de nos trois décennies d'engagement dans la lutte du peuple, avec des résultats électoraux dérisoires, des échecs, des erreurs, des reculs, etc., Decroix croit pouvoir apprécier tout cela en termes de "gâchis". Une tel jugement mérite de notre part quelques considérations. 1- Trois décennies de combat, un siècle de combat ne représente rien dans le devenir d'un peuple dont la cause ne doit pas être mesurée à l'aune de nos vies individuelles ou d'une génération. Parce que dans ce cadre, il y a les conditions historiques qui ne dépendent pas de nos volontés qui jouent énormément et déterminent et rythment la marche des choses. Et les forces politiques acquises à la cause populaire doivent rester fermement accrochées à leur engagement et continuer à faire leur devoir, en dépit des difficultés. Dans ce cheminement, les erreurs, les échecs, les reculs, les trahisons sont immanquables. Mêmes les victoires peuvent être tournées en défaites, les révolutions en contre-révolutions. L'exemple de l'Union soviétique et des pays de l'Est est là. Plus loin, la Révolution démocratique française fondatrice de la République est passée par deux siècles, au moins, de recul historique, de défaites, d'avancées, d'échecs, avant de s'imposer définitivement en tant que type de société en rupture avec le système féodal. Penser un moment à un quelconque gâchis du fait qu'on a atteint la cinquantaine et qu'il faudrait, comme disent les autres, tirer bénéfices de cet engagement, c'est tomber dans un travers consistant à brader l'intérêt collectif au nom de celui individuel. C'est déchirer l'idéal de base, fondement de notre engagement en politique : le désintéressement, le don de soi pour le collectif qui nous a porté et fait de nous ce que nous sommes, c'est mettre en lambeau la valeur essentielle de cet engagement qu'est le sacrifice pour le bien public et la matrice populaire qui le porte. C'est transformer, pour ne pas dire transmuter l'engagement militant en "investissement" commercialisable. En vérité en cette époque de règne du mal de la marchandisation des valeurs, l'engagement militant ne peut être immunisé absolument contre un telle pandémie. 2- Néanmoins les forces politiques ne peuvent être dispensées du bilan à tirer à chaque étape du processus de la lutte pour l'émancipation nationale et populaire. Ainsi, de l’expérience du PAI à celle que nous avons vécue, il peut ressortir un certain nombre d'enseignements dont les plus essentiels tournent autour d'une question : en dépit des conditions historiques qui ont déterminé la marche générale du processus de lutte, quelle part de responsabilité incombe aux forces révolutionnaires. Autrement dit, celles-ci, ont-elles, en dépit des conditions que voilà, fait leur devoir envers leur peuple, en tout temps, en toutes circonstances ? Ce devoir nous le déclinons en trois (3) points ou tâches : -les aider dans l'organisation et le développement de leurs luttes au quotidien -leur apporter la conscience politique pour une bonne compréhension de leurs intérêts immédiats et à venir ; -les organiser en force politique capable de prendre le pouvoir et de l'exercer au nom des leurs intérêts propres. Decroix devrait se convaincre que c'est en rapport avec ces éléments qu'on devrait interroger la praxis de chaque force politique, non en rapport avec le résultat électoral. C'est uniquement à partir de ces repères que Decroix devrait interroger ou critiquer le RTA-S. Et il nous semble, sous ce rapport, que le plus grand tort des forces révolutionnaires c'est de s'être détournées de ce devoir, pour, par trahison ou erreurs, privilégier un soutien des forces ennemies du peuple. Un soutien politique et idéologique de légitimation, de justification de l'état des choses, dans une situation de défaite ou de faiblesse. Autrement dit, ces forces se sont laissé aller dans un abandon progressif de leur rôle et de leurs devoirs par rapport aux classes sociales populaires qui étaient leur raison d'être, elles se sont coupées des masses et de leurs préoccupations immédiates et aspirations pour se rapprocher des forces et classes sociales dont les intérêts étaient liés au maintien du système tel qu'il est. Interrogeons, pour nous en convaincre, l'expérience récente des forces de la Gauche traditionnelle. A la veille des élections 2000 les forces de gauche (PIT, LD, AJ) fondent avec le MSU, UDF, le PÔLE DE GAUCHE. Voici ce qu'elles déclaraient dans leur texte-manifeste: " Tout le monde peut constater que les libéraux ne se font pas faute de revendiquer leur appartenance idéologique, sans que cela gène en quoi que ce soit leur engagement unitaire… Il est donc tout à fait nécessaire et même légitime, au regard de ces considérations, que la Gauche aussi puisse dire aux Sénégalais ce qu'elle est, et que les forces politiques et sociales qui s'en réclament puissent se retrouver autour de leurs valeurs idéologiques spécifiques et de leur propre projet de société, pour assumer leur identité et la faire vivre dans la société..." Poursuivant, le PÖLE DE GAUCHE assurait "D'une part, il faut, et c'est plus vrai encore pour les peuples comme les nôtres, construire les leviers politiques et sociaux de la résistance et de la riposte contre les politiques néolibérales et leur cortège de malheurs. D'autre part, la perspective du "dépassement" du capitalisme telle qu'elle se dessine en filigrane dans cette évolution, pose la nécessité d'une alternative politique, économique et sociale réaliste, crédible et réellement apte à prendre en charge les aspirations des hommes et des femmes à une vie plus digne parce que plus humaine" Cela vous y avez adhéré Decroix et votre parti l'avait signé. Trois ans après où en êtes-vous par rapport à ces engagements ? Où en êtes-vous par rapport aux luttes des masses ouvrières de NSTS, Sotexka, Sotiba dont les usines ont fermé ? Où en êtes-vous par rapport aux 612 licenciés de la SNCS qui vient d'être privatisée et les syndicats ont accepté leur sort, moyennant quelques indemnités ? Où en êtes-vous dans la constitution d'une force populaire majoritaire avant et après les élections dans les luttes sociale ? Où en êtes-vous quand les libéraux bradent notre pays et dépouille l'Etat de tout son patrimoine ? Où en êtes-vous dans la violation quotidienne de la laïcité qui crée les germes d'une explosion identitaire dans ce pays ? Où en êtes-vous, Decroix, quand on "chartérise" les émigrés de France ? Où êtes-vous Decroix quand les travailleurs de Méga Force, de Sias, de Transplast font la grève de la faim pour recouvrer leurs salaires ou droits reconnus par la justice? Où êtes-vous quand on augmente les prix des denrées et services de consommation courante, quand les audits sont enfermés dans les tiroirs et que les cadavres dans les placards de la République continuent d'empester l'atmosphère ? Malheureusement, j'ai beau regarder autour de moi, mais je ne vous vois pas, j'ai beau tendre l'oreille, mais je ne vous entends pas, Decroix ! Ces questions peuvent et doivent s'adresser, sans sectarisme aucun, aussi bien au PIT qu'à la LD, au MSU, à l'UDF/Mbooloo mi, mais aussi PAI… et susciter un débat public plus large. Or, de toutes les forces politiques de ce pays, aucune autre n'a fait plus, ni mieux que celles de la Gauche dans la lutte pour l'émancipation du peuple, aucune d'elles n'a plus de générosité et d'esprit de sacrifice jusqu'au don de soi que celles de la gauche, aucune d'elles ne charrie plus que la Gauche de compétence et d'expertise et de talents dans tous les domaines, aucune d'elles ne porte plus que la Gauche les valeurs de probité et d'intégrité. Comment dès lors vouloir nous faire accepter l'idée que ces forces doivent, comme marquées par une fatalité, continuer de porter le tablier de serviteurs des libéraux ou des socio démocrates, démissionner de leur rôle d'avant-garde pour se confiner dans celui de souteneurs des libéraux et perpétuer l'asservissement des masses populaires aux politiques libérales édictées par le FMI et la BM. ? Alors Decroix, le véritable gâchis, l'énorme gâchis se niche là, quand, trois ans après l'alternance, les masses populaires continuent de vivre, en pire, ce qu'elles ont vécu sous Diouf et que ceux qui ont la prétention de les défendre les abandonnent pour servir leurs bourreaux. NB: Les citations de Stiglitz sont extraites de LE MONDE DIPLOMATIQUE | AVRIL 2002 | Pages 10 et 11 http://www.monde-diplomatique.fr/2002/04/STIGLITZ/16370 El Hadji Momar Sambe Coordonnateur National du Rta-S Sambmomar@hotmail.com

 
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